BernieBonvoisin

"Le 11 juillet 1995, l'ONU laissait passivement les troupes serbes du Général Ratko Mladic pénétrer dans l'enclave bosniaque de Srebrenica. L'armée serbe allait commettre le plus grand massacre de la guerre de Bosnie-Herzégovine : en quelques jours, plus de 7.000 hommes musulmans furent exécutés.
Bernie Bonvoisin raconte cette journée à travers deux récits entrelacés. Max est agent immobilier dans les beaux quartiers parisiens. Ce soir, il fêtera ses quarante ans. Nehrudin, enfant musulman de Srebrenica, a quinze ans aujourd'hui.

Il y a presque un an, Abdulkadir, notre voisin, a été cloué sur une porte devant Eniz, son fils... Il hurlait. Crucifier, ça fait vachement mal. Ils l'ont fixé avec des clous de trente centimètres ! Il a fallu en mettre beaucoup pour qu'il tienne et puis il s'est évanoui. Ce sont les Loups de Drina qui ont fait cela. Des unités de l'armée des Serbes de Bosnie. Du sang, il y en avait partout et sa couleur est plutôt noire.

Max s'est coupé avec ce putain de coupe-ongle, un coup à lui niquer sa journée. Il perd son sang et sa couleur est plutôt noire. Juste avant, il s'est pris une prune pour stationnement en double file, pendant qu'il achetait des clopes. C'est le mois de juillet et il y a des bagnoles partout, à croire que tout le monde va partir en vacances en août."

***

Vous l'aurez compris à la lecture de la quatrième de couverture : âmes sensibles s'abstenir...
Mais, dans le même temps, la dureté de ce récit est nécessaire.
Pour témoigner d'une horreur à la fois si proche dans le temps et géographiquement.

Bernie Bonvoisin, l'emblématique leader du groupe Trust, construit son récit tout en sobriété, ce qui lui donne une incroyable puissance narrative.
Et le contraste entre la journée de merde de Max et celle de Nehrudin n'en est que plus violent lui-même.

Cet ouvrage est le premier volet d'un travail que l'auteur souhaitait consacrer à la barbarie humaine.
Il n'est hélas plus disponible en librairie mais je pense qu'il devrait être assez aisé à trouver en bibliothèque.
Il en vient deux derrière, un sur le Liban et un sur la Tchétchénie qui, lui, vient de sortir.

Une lecture éprouvante, mais enrichissante.

*